On ne « reste » pas avec un homme violent : on est sous emprise
Cet après-midi, assise dans mon jardin, j’ai encore entendu mon voisin hurler sur sa compagne.
Des cris. Des objets qui volent. Des choses qu’on casse.
La même scène. Toujours la même.
Comme mon ex. Mais avec vingt-six ans de moins.
Je suis sortie de cette relation. Et aujourd’hui, je mesure chaque jour à quel point je suis heureuse d’en être sortie.
Mais le plus dur, c’est de voir ce schéma se rejouer juste à côté.
À répétition.
Chez le voisin. Chez la nouvelle compagne du père de mon fils.
Partout.
La violence commence toujours avant les coups
Avant les gifles, il y a :
les plantes arrachées,
les objets fracassés,
le téléphone confisqué,
les insultes déguisées en « humour »,
la jalousie présentée comme de l’amour,
le contrôle maquillé en inquiétude.
Quand le père de mon fils s’est installé chez sa nouvelle compagne, moins d’un an a suffi.
Les plantes cassées.
Puis, trois ans plus tard, la crise de trop.
La police.
L’arrestation devant son propre enfant, après avoir osé dire de sa compagne, à son propre fils :
« C’est une pute, je n’ai besoin de personne pour vivre. »
Et cette femme qui dit ensuite à mon fils :
« Un jour, il va me tuer… j’ai envie de mourir. »
« Il me traite de grosse. »
« Il ne veut pas que je parle à des garçons. »
« Il est malade. »
Des mots que j’ai pensés moi aussi. Des mots que j’ai parfois prononcés.
Mais jamais devant mon enfant.
Parce qu’il avait déjà tout vu. Trop vu. Et trop entendu.
Un enfant ne peut pas porter les mots d’adultes détruits
Dire à un enfant :
« il est malade »,
« un jour il va me tuer »,
ce n’est pas témoigner. C’est déposer sur lui une angoisse qu’il ne peut ni comprendre, ni réparer.
Les femmes qui parlent ainsi sont déjà profondément perdues. Floutées. Désorientées.
Elles ne savent plus où commence la réalité et où s’arrête la peur.
« Mais comment l’emprise peut-elle exister sans mariage, sans enfants, sans obligations ? »
C’est LA question que tout le monde pose. Et c’est là que le piège est le plus invisible.
1. L’emprise commence avant la violence visible
L’emprise ne démarre pas avec les coups.
Elle commence avec :
une connexion intense, rapide, fusionnelle,
le sentiment d’être enfin vue, enfin choisie,
une impression de destin, de reconnaissance rare.
C’est la phase d’idéalisation.
Quand la violence arrive, la femme ne s’accroche pas à l’homme violent.
Elle s’accroche à l’homme du début.
2. Le cerveau est pris au piège (pas le cœur)
Ce n’est pas une question d’amour. C’est une question neurobiologique.
La violence intermittente crée :
la peur,
le soulagement,
la culpabilité,
la récompense.
Exactement comme une addiction.
Le cerveau apprend que :
« Quand je fais un effort, quand je me tais, quand je pardonne… ça redevient calme. »
Même sans enfants. Même sans mariage. Même sans dépendance financière.
3. L’illusion du « il apporte quand même quelque chose »
Ces femmes s’accrochent à :
des sorties,
des voyages,
des cadeaux,
un toit,
une promesse,
une image sociale,
l’idée de ne pas être seule.
Pas parce que c’est suffisant. Mais parce que leur perception est déjà altérée.
L’emprise réduit le champ de vision. Elle fait croire que sans lui, il n’y aurait plus rien.
Plus on est jeune, ou plus on est seul·e, et plus l’emprise est facile
Plus on est jeune, plus l’emprise s’installe facilement. Mais pas seulement à cause de l’âge.
Elle s’installe surtout quand on est esseulé·e, fragilisé·e, déçu·e par les relations précédentes, quand on sort d’histoires qui ont laissé un sentiment de rejet, d’échec ou de vide affectif.
À ce moment-là, on ne cherche pas l’intensité. On cherche un refuge.
Quand on a connu :
des amours décevantes,
des ruptures mal digérées,
des abandons,
ou simplement une grande solitude émotionnelle,
la moindre attention devient précieuse. La moindre promesse devient crédible. La moindre intensité ressemble à de l’amour.
L’homme violent ne tombe pas sur ces failles par hasard.
Il les repère, les active, puis les exploite.
Il arrive souvent au moment exact où la personne est fatiguée de lutter seule, où elle doute de sa valeur, où elle veut croire que cette fois, ce sera différent.
Ce n’est pas une faiblesse. C’est une vulnérabilité humaine.
Et l’emprise fonctionne précisément là-dessus.
5. Pourquoi partir semble impossible, même sans attaches ?
Parce que partir, ce n’est pas juste « faire ses valises ». C’est :
admettre qu’on s’est trompée,
perdre l’image qu’on avait de soi,
affronter la honte,
affronter le vide,
affronter la peur de l’après.
L’emprise fait croire que rester est moins douloureux que partir.
C’est faux. Mais quand on est dedans, le cerveau le croit.
6. Celles qui partent… et celles qui restent
Ce n’est pas une question de force. Ni d’intelligence. Ni de courage.
C’est souvent :
un déclic,
une limite intérieure franchie,
un enfant qui regarde,
un corps qui lâche,
ou quelqu’un qui dit enfin :
« Ce que tu vis n’est pas normal. »
La honte : deuxième prison des femmes battues
Puis vient la honte. Cette honte sourde, poisseuse, qui colle à la peau.
La honte de demander que la scène ne soit pas répétée.
La honte face à celle qui, elle, est partie.
La honte d’avoir accepté ce qu’on jurait ne jamais tolérer.
Alors on s’éloigne. On évite. On s’effondre.
Je comprends cette honte. Je la connais.
« Il est malade » : la phrase qui excuse tout
Ils se ressemblent tous.
Même scénario. Même vocabulaire. Même déni.
Mon voisin est encore avec sa compagne, malgré la police, malgré les crises, malgré la casse.
Mon ex est encore avec la sienne, expliquant à son fils que :
« Tout va bien dans le meilleur des mondes… on va se marier. »
Comme si un mariage, un voyage ou une promesse réparait la violence.
Le mariage n’apaise rien. Il verrouille.
Une fois marié, l’homme violent se sent légitimé.
La proie est là. Le piège se referme.
On ne change pas un homme violent
Je le dis sans détour : on ne change pas un homme violent.
Quand j’ai vu mon ex casser des choses chez sa nouvelle compagne, je me suis dit :
« Ce sera la première et la dernière. Cette femme qui a déjà eu une vie avant n’acceptera pas un tel comportement »
Je me suis trompée.
Il a continué.
Encore. Et encore.
Parce que la violence n’est pas une perte de contrôle. C’est un mode relationnel.
L’illusion de la force
Ces femmes se pensent fortes. De l’extérieur, on pourrait le croire.
Mais quand on l’a vécu, on ne voit plus que :
l’épuisement,
la dissociation,
la peur silencieuse.
Rester n’est ni une preuve de courage, ni une preuve de mieux. C’est souvent le signe qu’on est déjà enfermée.
Et celles qui parlent ?
Celles qui appellent la police sont traitées de putes.
De folles.
De femmes qui « exagèrent ».
Comme les voisines de mon ex qui appellent la police.
Comme moi avec mon voisin, ou avec mon ex.
Mais sans ces femmes-là, combien de violences resteraient enterrées derrière les murs ?
À celles qui lisent ceci
Si tu reconnais quelque chose de ta vie ici, sache une chose :
Ce n’est pas toi qui es faible.
Ce n’est pas toi qui exagèresEt non, l’amour ne fait pas mal.
Il existe un monde meilleur que les cris, les insultes et la peur permanente.
Je le sais.
J’y vis aujourd’hui.
Et je ne l’échangerais pour rien au monde.



